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    Portrait du roi Charles Ier d’Angleterre

    Antoon Van Dyck

    Historique

    cat2_p_0Commandé par Charles Ier d’Angleterre (?) pour remplacer un portrait de la reine Anne, par Paul Van Somer (1617), au château d’Oatlands (?)1 ; la dispersion des collections royales britanniques, puis leur histoire au long du xviie siècle, font perdre la trace du tableau2 ; […] ; 13 juillet 1797 : le tableau est inventorié par les commissaires révolutionnaires, à Versailles, dans la chambre de la reine ; 15 juillet 1797 : envoyé au Muséum central des arts (dans un lot expédié en échange du « cloître des Chartreux et [d]es ports de Vernet3 ») ; 5 août 1797 : récépissé de l’arrivée des œuvres donné à Fragonard « chargé par le Ministre de l’intérieur de surveiller les transports414 » ; 1816 : les experts du musée l’estiment 100 000 francs5 ; 17 juillet 1945 : retour du château de Montal après évacuation pendant la Seconde Guerre mondiale6.

    Bibliographie

    cat2_p_1Dezallier d’Argenville, 1752 Antoine Nicolas Dezallier d’Argenville, Voyage pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu’il y a de plus beau dans cette grande ville en peinture, sculpture et architecture, Paris, 1752 (1re édition 1749), p. 415 ; Rumberg et Shawe-Taylor, 2018 Per Rumberg et Desmond Shawe-Taylor (dir.), Charles I. King and Collector (catalogue d’exposition, Londres, Royal Academy of Arts, 2018), Londres, 2018, no 76, p. 7, 22, 131, 244, et note 41, p. 257 ; Ayres, 2020 Sara Ayres, « A Mirror for the Prince? Anne of Denmark in Hunting Costume with Her Dogs (1617) by Paul Van Somer », Journal of Historians of Netherlandish Art, vol. 12, no 2, Newark, été 2020, publication numérique, paragraphe 16 et fig. 11 ; White, 2021 Christopher White, Anthony Van Dyck and the Art of Portraiture, Londres, 2021, p. 222-224 et fig. 203 ; Eaker, 2022 Adam Eaker, Van Dyck and the Making of English Portraiture, New Haven et Londres, 2022, p. 109 et fig. 52 p. 111 ; Ducos, 2023 Blaise Ducos, Antoon Van Dyck. Catalogue raisonné des tableaux du musée du Louvre, Paris, musée du Louvre éditions, 2023, https://doi.org/10.57232/NNXJ7755, consulté le vendredi 1er août 2025. https://livres.louvre.fr/vandyck, no 18 (https://livres.louvre.fr/vandyck/cats/18/).

    1cat2_p_2LE portrait de Charles Ier d’Angleterre, que possède le Louvre, est un chef-d’œuvre légendaire.

    2cat2_p_3Le poing sur la hanche, du côté de l’épée, la main droite appuyée sur une haute canne, le roi tourne légèrement sa tête fine et blonde, encadrée d’un grand chapeau. Il regarde avec calme, avec assurance, et toute son attitude est celle d’un homme habitué à commander. Sa veste de soie grise est traversée du baudrier qui soutient l’épée. Au-dessous de la culotte rouge et laissant voir les bas de soie, des bottes souples en cuir fauve, garnies d’éperons, emprisonnent une jambe nerveuse et élégante. Un peu en arrière, le cheval favori du roi piaffe, impatient, maintenu par un écuyer vêtu de rouge qui représente le chevalier d’Hamilton ; un autre serviteur, plus loin, porte le manteau du souverain. Le tertre où sont placés les personnages est ombragé par la ramure épaisse d’un arbre et, sur les plans éloignés, s’étend une plaine au-dessus de laquelle des nuages gris floconnent dans le ciel bleu.

    Peinture de Daniel Mytens l'Ancien représentant le roi Charles premier d'Angleterre en pied, richement vêtu.
    Fig. 2-1 Daniel Mytens l’Ancien, Portrait de Charles Ier d’Angleterre, 1629, huile sur toile, 200,3 × 140,7 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, 06.1289. Photo CC0 The Metropolitan Museum of Art, New York
    Ce tableau représente un homme debout dans un intérieur somptueux. Il porte un costume rouge orné de motifs dorés, composé d’un pourpoint ajusté et de culottes bouffantes, des gants et des hautes bottes assortis, de cuir clair. Il porte une large fraise blanche, en dentelle rigide, autour du cou. L’homme porte une courte barbiche et des cheveux bruns bouclés qui descendent aux épaules. Il tient un long bâton doré dans la main droite, posé sur une table où repose une couronne incrustée de pierres précieuses, un sceptre et un globe surmonté d'une croix. Sa main gauche est posée sur sa taille, près d’une épée attachée à sa ceinture. Derrière lui, un rideau vert épais s’ouvre sur un ciel bleu et une colonne de pierre. Le sol est pavé de carreaux sombres. L’attitude du personnage, son vêtement luxueux et la présence de la couronne soulignent son rang royal.

    3cat2_p_4Ce tableau, d’une admirable composition, rend à merveille l’élégante silhouette de Charles Ier, le plus beau des Stuarts (Fig. 2-1). L’œuvre se présente avec une noblesse contenue, une richesse sourde et éclatante tout à la fois, une somptuosité discrète qui impressionnent, où l’on retrouve quelque chose de la manière de Rubens, mais tempérée, assagie, comme disciplinée.

    4cat2_p_5Van Dyck avait d’ailleurs longtemps travaillé avec Rubens, qui l’appelait « le meilleur de ses élèves ». Son amitié lui fut aussi profitable que ses leçons. C’est lui qui le recommanda à la cour des Stuarts. Charles Ier, influencé par les éloges de Rubens pour son élève et ravi du portrait de Nicolas Lanière, son maître de chapelle, peint par Van Dyck, invita celui-ci à se rendre auprès de lui.

    5cat2_p_6Van Dyck arriva à Londres et se présenta au roi qu’il conquit dès la première entrevue. Il avait une beauté fine, assez semblable à celle de Charles Ier, des manières aisées, une certaine grâce cavalière et l’air vif et dégagé d’un homme du monde accompli. Sa conversation n’était pas moins agréable que sa personne ; il avait la parole abondante et brillante, alimentée par un savoir profond et disciplinée par un tact infini. Le roi se plaisait beaucoup en sa compagnie ; il se rendait fréquemment à son atelier et, dépouillant avec lui toute contrainte d’étiquette, ils s’entretenaient ensemble de mille sujets pendant que Van Dyck travaillait à son portrait. De cette époque datent les nombreuses effigies du roi et de la reine.

    6cat2_p_7En récompense de son talent, Van Dyck reçut le titre de principal peintre ordinaire de Leurs Majestés, fut créé chevalier et eut son logement à Blackfriars.

    7cat2_p_8Dans son portrait de Charles Ier, Van Dyck s’était révélé portraitiste de génie et il n’est pas étonnant que, voulant suivre l’exemple du souverain, toute la noblesse enviât l’honneur de poser devant le grand artiste flamand. Bientôt, il ne put suffire aux commandes, il dut prendre des collaborateurs chargés de peindre les accessoires, se réservant seulement les têtes et les mains. Le succès venu, il eut toute liberté d’augmenter ses prix et gagna des sommes considérables qu’il dépensait largement. Sa maison était montée sur un pied magnifique, il possédait un équipage nombreux et élégant et offrait si bonne chère que peu de princes étaient aussi visités et aussi bien servis que lui.

    8cat2_p_9En 1639, il épousa Mary Ruthven, demoiselle d’honneur de la reine, petite-fille de lord Ruthven, dont il eut une fille. Sa femme ne lui apportait pas de dot, mais elle était considérée comme une des plus merveilleuses beautés de son temps. Cette union fut de courte durée. Sa vie de travail et de plaisirs avait miné la santé de Van Dyck et malgré que Charles Ier eût promis trois cents livres au médecin s’il le sauvait, le grand peintre mourut à Blackfriars, le 9 décembre 1641, âgé seulement de quarante-deux ans.

    9cat2_p_10« Non moins coloriste que Rubens, écrit Théophile Gautier, mais plus fin, plus élégant que son maître, Van Dyck semble créé pour peindre les rois, les princes, les duchesses, tout ce monde de la haute vie, fin de race, aristocratique d’allure, d’une magnificence héréditaire et marchant au-dessus de la multitude comme les dieux marchent sur les nuages. Il a peint d’une touche aisée et noble, avec une couleur brillante mais vigoureuse et une pénétration rapide du caractère, des têtes qu’on ne reverra plus, des masques dont le moule est brisé, des expressions d’existences à jamais évanouies.7 »

    10cat2_p_11Le portrait de Charles Ier entra dans le domaine national d’assez curieuse façon. À la vente du comte de Thiers, qui en était possesseur, la comtesse Du Barry l’acheta pour une somme de 24.000 livres. Et comme on lui demandait pourquoi elle avait choisi ce tableau de préférence aux autres de la collection qui semblaient devoir mieux lui convenir, elle répondit que c’était un portrait de famille, car elle prétendait tenir de la maison des Stuarts. Plus tard, elle le céda au même prix à M. d’Angivillers, pour le compte du Roi.

    11cat2_p_12Ce tableau occupe aujourd’hui au Louvre la salle Van Dyck qui précède la nouvelle salle des Rubens.

    12cat2_p_13Hauteur : 2.72. – Largeur : 2.12. – Figures en pied grandeur naturelle.

    1. Rumberg et Shawe-Taylor, 2018 Per Rumberg et Desmond Shawe-Taylor (dir.), Charles I. King and Collector (catalogue d’exposition, Londres, Royal Academy of Arts, 2018), Londres, 2018, p. 22 : il s’agit là d’une hypothèse formulée par Per Rumberg et Desmond Shawe-Taylor, mais sur laquelle revient celui-ci (ibid., p. 131) et celui-là (ibid., no 76, p. 244). Voir aussi Millar, 1982 Oliver Millar (dir.), Van Dyck in England (catalogue d’exposition, Londres, National Portrait Gallery, 1982-1983), Londres, 1982, p. 21, pour le précédent, thématique, d’Henriette Marie partant pour la chasse. Ayres, 2020 Sara Ayres, « A Mirror for the Prince? Anne of Denmark in Hunting Costume with Her Dogs (1617) by Paul Van Somer », Journal of Historians of Netherlandish Art, vol. 12, no 2, Newark, été 2020, publication numérique, paragraphe 16, s’appuyant sur Liedtke, 1989 Walter A. Liedtke, The Royal Horse and Rider, Painting, Sculpture and Horsemanship, 1500-1800, New York, 1989, p. 256-257, reprend l’idée suivant laquelle le tableau du Louvre serait le pendant du Portrait d’Anne de Danemark par Paul Van Somer (collection de S. M. la reine Élisabeth II, RCIN 405887). Les œuvres, en effet, sont de dimensions proches et le fils répondrait ainsi à la mère. Cette remarque a l’intérêt de rappeler l’importance possible de la figure maternelle dans les choix de Charles Ier. La difficulté, que ne souligne pas Sara Ayres, est évidemment que le Van Dyck relègue au rang d’image archaïque et dépassée le Van Somer, en cela parfaitement en accord avec la « procédure vandyckienne » habituelle de relégation à une classe inférieure des créations de différents artistes nordiques l’ayant précédé. Le cas de Daniel Mytens est le plus connu ; on peut aussi penser à l’esthétique de Michiel Van Mierevelt à La Haye. Que le Van Somer et le Van Dyck soient de dimensions très proches signifie peut-être simplement que Van Dyck, s’inscrivant dans une tradition, souhaitait susciter la comparaison, en sa faveur, avec l’œuvre, somme toute assez gauche, de son prédécesseur à la cour Stuart.

    2. Brownlee, 2014 Peter John Brownlee (dir.), Samuel F. B. Morse’s “Gallery of the Louvre” and the Art of Invention, Chicago, 2014, p. 56-57.

    3. On reconnaît la Vie de saint Bruno, par Eustache Le Sueur, et la série des ports de France, par Joseph Vernet.

    4. Cantarel-Besson, 1992 Yveline Cantarel-Besson, Musée du Louvre, janvier 1797-juin 1798. Procès-verbaux du conseil d’administration du Musée central des arts, Paris, 1992, p. 124. Jean Honoré Fragonard, membre du conservatoire des Arts depuis janvier 1794 (grâce à l’intervention de Jacques Louis David) et chargé de l’administration du Muséum, se voit confier durant l’été 1797 le déménagement des œuvres (comme la mise en place du musée de l’École française à Versailles). Voir Martial Guédron, « Fragonard, Jean Honoré », Allgemeines Künstlerlexikon (2019), https://www-degruyter-com.bnf.idm.oclc.org/database/AKL/entry/_00069426/html, consulté le 30 mai 2020.

    5. Smith, 1829-1842 John Smith, A Catalogue Raisonné of the Works of the Most Eminent Dutch, Flemish and French Painters…, Londres, 1829-1842, 9 vol. dont un supplément, vol. III, no 138, p. 39.

    6. Voir Ducos, 2023 Blaise Ducos, Antoon Van Dyck. Catalogue raisonné des tableaux du musée du Louvre, Paris, musée du Louvre éditions, 2023, https://doi.org/10.57232/NNXJ7755, consulté le vendredi 1er août 2025. https://livres.louvre.fr/vandyck, cat. 18, https://livres.louvre.fr/vandyck/cats/18, « Historique ».

    7. Gautier, 1882 Théophile Gautier, Guide de l’amateur au musée du Louvre, suivi de lavie et les œuvres de quelques peintres, Paris, éd. G. Charpentier, 1882, chapitre « Écoles allemande, flamande et hollandaises », p. 159. Consulter l’ouvrage sur la bibliothèque numérique de l’Institut national d’histoire de l’art : https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/8352-guide-de-lamateur-au-muse-du-louvre.

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    Le musée du Louvre

    Démonstrateur extrait du guide de 1912

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