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    La Joconde

    Léonard de Vinci

    Historique

    cat1_p_0Ce tableau fut commencé vers 1503 au moins, sans doute pour Francesco del Giocondo, gentilhomme florentin (1460-1539), mais fut conservé par Léonard de Vinci jusqu’à la fin de sa vie pour en pursuivre l’exécution picturale toujours inachevée à sa mort ; il fut très probablement acquis par François Ier en 15181.

    Bibliographie

    cat1_p_1Brejon de Lavergnée et Thiébaut, 1981 Arnauld Brejon de Lavergnée et Dominique Thiébaut, Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre. II. Italie, Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne et divers, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1981, p. 192, ill. ; Habert et Scailliérez, 2007 Jean Habert et Cécile Scailliérez, « xvie siècle », in Élisabeth Foucart-Walter (dir.), Catalogue des peintures italiennes du musée du Louvre. Catalogue sommaire, musée du Louvre, département des Peintures, Paris, musée du Louvre Éditions et Gallimard, 2007, p. 61-122, p. 81, ill. n&b ; Delieuvin et Franck, 2019 Vincent Delieuvin et Louis Franck (dir.), Léonard de Vinci, (catalogue d’exposition, Paris, musée du Louvre, 24 octobre 2019 – 24 février 2020), Paris, musée du Louvre Éditions et Hazan, 2019, p. 224-233.

    1cat1_p_2Si l’on nous demande pourquoi figure, dans cet ouvrage consacré au Louvre, un tableau qui ne s’y trouve plus, nous répondrons que la disparition même de l’admirable Joconde nous la rend encore plus chère et nous fait désirer davantage de la pouvoir contempler, ne fût-ce qu’en effigie.

    2cat1_p_3On n’a pas oublié l’émotion qui secoua l’univers civilisé lorsque se répandit l’incroyable nouvelle : « La Joconde a été volée. » Sur tous les points du globe, cette perte fut ressentie comme un désastre. Désastre, certes, et sans équivalent, car, avec la Joconde, a disparu l’une des plus grandioses productions du génie humain. Malgré son prodigieux assemblage de chefs-d’œuvre, le Salon Carré a perdu le meilleur de sa gloire ; dans l’écrin rempli de joyaux manque le plus beau diamant, celui qui jetait les feux les plus brillants et les plus purs. La Mona Lisa n’accueille plus le visiteur de son sourire énigmatique et qui sait en quels lieux l’étrange créature repose aujourd’hui son troublant et mystérieux regard ? Et, malgré tout, survit en nous l’indéfectible espérance de la revoir un jour à son ancienne place, triomphante et narquoise, et groupant une cour encore plus nombreuse d’adorateurs autour de son immortelle beauté.

    3cat1_p_4Nulle peinture au monde n’a provoqué une aussi entière admiration. La Joconde a eu ses poètes, ses romanciers, ses amants. Certains hommes l’ont adorée comme un être vivant ; il en est même qui se sont tués pour elle et peut-être faut-il chercher dans une passion de cet ordre l’énigme de son étrange disparition.

    4cat1_p_5Relisons la page enthousiaste où Théophile Gautier célèbre la Mona Lisa2 :

    5cat1_p_6« La Joconde ! Sphinx de beauté qui souris si mystérieusement dans le cadre de Léonard de Vinci et sembles proposer à l’admiration des siècles une énigme qu’ils n’ont pas encore résolue, un attrait invincible ramène toujours vers toi ! Oh ! en effet, qui n’est resté accoudé de longues heures devant cette tête baignée de demi-teintes crépusculaires, enveloppée de crêpes transparents et dont les traits, mélodieusement noyés dans une vapeur violette, apparaissent comme une création du Rêve à travers la gaze noire du Sommeil ! De quelle planète est tombé, au milieu d’un paysage d’azur, cet être étrange avec son regard qui promet des voluptés inconnues et son expression divinement ironique ? Léonard de Vinci imprime à ses figures un tel cachet de supériorité qu’on se sent troublé en leur présence. Les pénombres de leurs yeux profonds cachent des secrets interdits aux profanes et les inflexions de leurs lèvres moqueuses conviennent à des dieux qui savent tout et méprisent doucement les vulgarités humaines.

    6cat1_p_7Quelle fixité inquiétante et quel sardonisme surhumain dans ces prunelles sombres, dans ces lèvres onduleuses comme l’arc de l’Amour après qu’il a décoché le trait ! Ne dirait-on pas que la Joconde est l’Isis d’une religion cryptique qui, se croyant seule, entr’ouvre les plis de son voile, dût l’imprudent qui la surprendrait devenir fou et mourir ? Jamais l’idéal féminin n’a revêtu de formes plus inéluctablement séduisantes. Croyez que si don Juan avait rencontré la Mona Lisa, il se serait épargné d’écrire sur sa liste trois mille noms de femmes ; il n’en aurait tracé qu’un, et les ailes de son désir eussent refusé de le porter plus loin. Elles se seraient fondues et déplumées au soleil noir de ces prunelles. Nous l’avons revue bien des fois, cette adorable Joconde, et notre déclaration d’amour ne nous paraît pas aujourd’hui trop brûlante. Elle est toujours là, souriant avec une moqueuse volupté à ses innombrables amants. Sur son front repose cette sérénité d’une femme sûre d’être éternellement belle et qui se sent supérieure à l’idéal de tous les poètes et de tous les artistes. »

    7cat1_p_8Le divin Léonard mit quatre ans à faire ce portrait, qu’il ne pouvait se décider à quitter et qu’il ne considéra jamais comme fini ; pendant les séances, des musiciens jouaient pour égayer le beau modèle et empêcher ses traits charmants de prendre un air d’ennui et de fatigue.

    8cat1_p_9Doit-on regretter que le noir particulier qu’employait Léonard ait prévalu dans les teintes de la Mona Lisa et leur ait donné cette délicieuse harmonie violâtre, cette tonalité abstraite qui est comme le coloris de l’idéal ? Nous ne le pensons pas. Maintenant, le mystère s’ajoute au charme et le tableau, dans sa fraîcheur, était peut-être moins séduisant.

    Gravure représentant la Joconde de Léonard de Vinci, où seule Mona Lisa est représentée.
    Fig. 1-1 Zéphirin Félix Jean Marius Belliard d’après Léonard de Vinci, Portrait de Mona Lisa, La Joconde, vers 1824, lithographie, 46,8 × 34,1 cm, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-1904-3019. Photo CC0 Rijksmuseum, Amsterdam
    Cette gravure au trait en noir et blanc représente une copie de la Joconde de Léonard de Vinci. Seule la tête, les épaules et le haut du buste sont représentés. Sous ce portrait figure l'inscription "La Joconde d'après de portrait peint par Léonard de Vinci".

    9cat1_p_10Le modèle de ce magnifique portrait s’appelait Lisa Maria di Noldo Gherardini ; elle épousa, en 1495, Francesco di Bartolomeo de Zenobi del Giocondo, d’où son nom de « Joconde », sous lequel elle est aujourd’hui célèbre (Fig. 1-1).

    10cat1_p_11La Joconde fut peinte vers 1500. François Ier l’acquit pour quatre mille écus d’or et la fit placer dans le cabinet doré de Fontainebleau. Elle passa ensuite dans la chambre de Louis XIV, à Versailles. Après la Révolution, le célèbre portrait fut transporté au Louvre et placé dans le Salon Carré, d’où il disparut en août 1911.

    11cat1_p_12Hauteur : 0.77. – Largeur : 0.53. – Figure en buste grandeur nature.

    1. Voir sur le site des collections du musée du Louvre https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010062370 : « Données historiques ».

    2. Gautier, 1882 Théophile Gautier, Guide de l’amateur au musée du Louvre, suivi de lavie et les œuvres de quelques peintres, Paris, éd. G. Charpentier, 1882, chapitre « Salon Carré », p. 26. Consulter l’ouvrage sur la bibliothèque numérique de l’Institut national d’histoire de l’art : https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/8352-guide-de-lamateur-au-muse-du-louvre.

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    Le musée du Louvre

    Démonstrateur extrait du guide de 1912

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